en tant que metteur en scène - Théâtre

La Petite Robe de Paul

de Philippe Grimbert, mise en scène de Frédéric Andrau

le 15 janvier 2009 – Théâtre des 2 Rives – Charenton-Le-Pont (94)
du 20 au 29 mars 2009 – Maison des métallos
le 12 novembre 2009 – Théâtre de Saint-Maur (94)

 

Avec Fabrice Moussy, Valérie Gabriel, Andréa Brusque, Anna Strelva, Léa Wiazemsky

Adaptation: Philippe Grimbert et Frédéric Andrau

Scénographie : Goury
Lumières : Ivan Mathis
Costumes : Fred Cambier
Assistante : Sylvie Amato

 

une photo de Pascal Chantier avec Valérie Gabriel et Andréa Brusque

                                                                                                                                                                                                         

coproduction
Maison des métallos – Région Île-de-France, Mairie de Paris
Les Théâtres – Charenton Le Pont – Saint Maurice
ATC, Théâtre de Saint-Maur
aide à la création du Conseil Général du Val-de-Marne
avec le soutien de la ville de Fontenay-sous-Bois
parrainage Château de Christin (www.chateaudechristin.fr)

 

Paul n’a jamais rien caché à sa femme. Un jour, il est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche exposée dans la vitrine d’un magasin. L’irruption de ce vêtement d’enfant dans l’univers feutré d’un couple sans histoire va soudain produire des effets dévastateurs et réveiller de vieux démons.

La présence dans la maison de la petite robe est un point fi xe et mystérieux autour duquel le récit se noue, engendrant des soupçons sur une seconde vie de Paul : cauchemars, fantasme, jalousie, colère, crise, sang et larmes. Le vêtement immaculé obsède, soulève les non-dits, éclaire les actes manqués, réveille les rancœurs, les chagrins enfouis, et dénature les rapports du couple.

  

 

une photo de Pascal Chantier avec Andréa Brusque

 

 

« Leur histoire d’amour est profonde et irrésistible »

par Thierry de Fages

 

Dans « La Petite Robe de Paul », pièce de théâtre mise en scène par Frédéric Andreu et tirée du roman éponyme de Philippe Grimbert, les personnages font un voyage intérieur à la manière d’une analyse psychanalytique. Dans la petite robe qu’achète Paul un jour par impulsion se cache un secret que l’entente fondamentale du couple seule, saura révéler. Frédéric Andrau et Philippe Grimbert donnent ici aux lecteurs du journal Le MAGue quelques clés de leur réflexion sur les secrets de famille :

 

  

Thierry de Fages : Qu’est-ce qui vous a séduit dans le roman « La Petite Robe de Paul » de Philippe Grimbert ?

Frédéric Andrau : Le sens que Philippe donne au mot silence m’a bouleversé.

Thierry de Fages : Comment s’est déroulé le travail préparatoire de la pièce ?

Philippe Grimbert : Frédéric et moi nous nous sommes souvent rencontrés, il m’a expliqué sa conception du spectacle et il m’a tout à fait convaincu du bien-fondé de sa vision !

Frédéric Andrau : La première version de l’adaptation théâtrale de « La Petite Robe de Paul » m’a procuré l’envie de donner à Paul et Irène la possibilité de se confier à nous (public) tout en étant dans leur histoire… Nous avons découvert ce spectacle le jour où simultanément la mise en scène, la dernière version de l’adaptation (la pièce de théâtre qui est donnée à voir), la scénographie, les personnages, les lumières se sont rencontrés.

Thierry de Fages : Quelle spécificité possède « La Petite Robe de Paul » par rapport à « Un secret » ?

Philippe Grimbert : On pourrait presque dire que « La Petite Robe » est une autre version d’« Un secret », plus fictionnelle, où les thèmes qui me sont chers et si proches sont abordés avec une distance différente.

Frédéric Andrau : Le thème du secret est traité ici au travers d’une famille. On voit de quelle façon il se transmet de génération en génération tout en façonnant les individus. Certains ont appris à accepter le mensonge, d’autres, le silence jusqu’à en faire un art de vivre…

Thierry de Fages : Les comédiens de « La Petite Robe de Paul », notamment Valérie Gabriel (Irène) et Fabrice Moussy (Paul), paraissent visiblement habités par leur rôle. La dimension psychanalytique de la pièce a t-elle selon vous influé sur leur jeu ?

Philippe Grimbert : J’ai été saisi par leur engagement et bouleversé par leur jeu, je crois en effet que le voyage intérieur que font les deux personnages peut s’apparenter au trajet d’une analyse, qui va jusqu’au plus profond de l’intime de chacun d’eux, Valérie et Fabrice ont vraiment « joué le jeu » de cette exploration, au point, m’ont-ils avoué, d’en être profondément remués…

Frédéric Andrau : Est-ce qu’ils sont habités par leur rôle ou est-ce qu’ils habitent leur rôle ? À vouloir arracher les différentes couches de peau qui voilent leur passé, et distordent les souvenirs, les personnages mettent en danger leur histoire d’amour, se confrontent parfois à leurs propres racines ou à leur solitude. Ils ont mis toute leur tendresse à assumer ce voyage… ils se sont donnés sans pudeur et sans confort… les personnages ou les comédiens ?

Thierry de Fages : La discorde du couple semble l’élément le plus visible…

Philippe Grimbert : Je dirai davantage le fait de vivre dans deux univers fantasmatiques différents tout en se pensant proches, ce qui est, je le crains, notre lot à tous.

Frédéric Andrau : Leur histoire d’amour est profonde et irrésistible. Mais il y a un malentendu dans cette histoire… On peut se demander d’ailleurs s’il n’est pas désiré par le couple.

Thierry de Fages : Comme dans un thriller psychologique, l’on est confronté dans « La Petite Robe de Paul » à de nombreuses interprétations sur les personnalités de Paul et d’Irène…

Philippe Grimbert : J’ai volontairement laissé une grande place à l’imaginaire du spectateur qui est libre parfois d’interpréter les évènements à sa façon, sans que l’auteur le prenne par la main pour lui imposer sa vision.

Frédéric Andrau : Ils ont chacun deux visages et deux réalités qui s’entremêlent.

Thierry de Fages : Suicide, fausse couche, déportation… La naissance et la mort apparaissent comme des thèmes obsessionnels de la pièce…

Philippe Grimbert : … Et de la vie elle-même ! Nous sommes tous traversés par ces angoisses fondamentales, à partir desquelles nous bricolons des solutions pour tenir bon…

Thierry de Fages : Il y a une scène très curieuse, qui peut évoquer une mort bis, dans laquelle le personnage d’Olga demande à son fils, le jour de l’enterrement de son père, d’ensevelir une boîte…

Philippe Grimbert : J’aime cette idée d’une boîte à secrets, symbolique de ce que nous enfouissons au plus profond de nous-mêmes pour ne plus avoir à nous y confronter… mais qui finit toujours par être déterrée…

Frédéric Andrau : Oui la scène est insolite : même un jour d’enterrement le secret mène la danse…

Thierry de Fages : Non-dits, secrets, photos enterrées… La dimension cachée semble plutôt paroxystique dans cette Robe de Paul, minant l’existence même de Paul et Irène. Diriez-vous que c’est une pièce sur la frustration ?

Philippe Grimbert : Sur la frustration de ne pouvoir tout partager, sur les méfaits du silence et des non-dits, certainement. C’est une dimension qui nous concerne tous, car nous nous construisons autant sur ce qui est dit que sur ce qui est tu…

Frédéric Andrau : Plutôt une pièce sur le Secret et le dévoilement. Nous passons de la frustration à l’exaltation… Du silence à la liberté…

Thierry de Fages : Le personnage humoristique d’Edith, proche d’Irène et psychanalyste de formation, se profile un peu en retrait…

Philippe Grimbert : J’aime bien sortir le personnage du psy de son sérieux habituel, avoir un regard ironique sur ma propre profession, faire sourire sur les traits si souvent caricaturaux du praticien toujours prêt à interpréter, lui-même empêtré dans sa problématique…

Frédéric Andrau : Edith assiste à la reconstitution d’Irène, la suit dans la tourmente. Mais elle reste, malgré ses interventions et ses analyses, contemplative et perdue. Elle a ce côté clownesque de ne jamais se retrouver dans l’univers des autres, de ne pas avoir sa place ailleurs que sur le divan d’Irène. Une sorte d’Auguste maladroit et irrésistible…

Thierry de Fages : De tous les personnages de cette famille, Olga semble le seul à affronter sereinement le poids tragique de son histoire…

Philippe Grimbert : Le personnage de la mère m’intéresse dans la mesure où sa façade de bonne mère cache des abîmes d’indifférence ou de cruauté !

Frédéric Andrau : Olga, la mère de Paul, a un regard sur les autres rempli d’amusement et de sagesse. « Elle a le bleu regard qui ment ». Elle dit ce qui agace, et provoque la colère. Elle est sûre de son impact et de son autorité. Ce personnage porte une scène, des plus drôles et des plus cruelles que je connaisse…

Thierry de Fages : Le personnage d’Agnès nous apparaît comme une figure de l’espoir mais aussi comme le dernier chaînon de cette fatalité familiale…

Philippe Grimbert : Agnès est l’héritière de cette histoire tragique et comme telle elle risque d’en subir les conséquences, voire de la répéter à son insu… c’est donc un personnage qui porte une lourde charge sur ses épaules et je voulais qu’elle en sorte le mieux possible, comme force de vie.

Frédéric Andrau : Ce personnage pose la question de la transmission. Il est fait d’innocence et de maturité. Sur quoi Agnès se construit-elle ? Au fond, c’est peut-être son histoire à elle qui est racontée dans « La Petite Robe de Paul »…

Thierry de Fages : Dans « Acte » Lars Norén décrivait une femme paroxystiquement enfermée dans un univers mental… Les personnages de « La Petite Robe de Paul » semblent, malgré leur souffrance, plus récupérables (!)

Philippe Grimbert : J’ai laissé là aussi une équivoque, que la mise en scène de Frédéric met en valeur : comment cette histoire se termine-t-elle vraiment ? Est-ce que la parole enfin libérée va les délivrer ou les condamner ? Au spectateur de répondre…

Frédéric Andrau : Peut-être parce qu’ils ne sont pas enfermés dans un univers mental. Il y a quelque chose d’animal, de fiévreux et d’érotique dans « La Petite Robe de Paul ».

Thierry de Fages : Dans une scène de repas de famille, Paul s’avance seul sur la scène, s’adressant au public. C’est un moment étrange, à la fois par l’occupation de l’espace et le message délivré…

Philippe Grimbert : Paul exhume le secret de sa mère, devenu le sien, dans cette scène où Fabrice, bouleversant, prend conscience du drame qui a précédé sa venue au monde… il est dans une solitude terrible ; il tient entre ses mains la vérité de son histoire, pourra-t-il la partager avec ceux qu’il aime le plus ?…

Frédéric Andrau : Paul se confie à nous, un peu comme s’il nous parlait de l’intérieur de son rêve… Je préfère ne rien dire de plus pour ne pas trop en dévoiler…

Thierry de Fages : Pour conclure, s’il fallait résumer en trois mots « La Petite Robe de Paul »…

Philippe Grimbert : Ce qui est tu peut tuer… Il m’a fallu 6 mots !

Frédéric Andrau : ma petite sœur… ou Expérience de soi !

 

une photo de Norbert Gabriel avec Léa Wiazemsky,

  

                                                                                                                                        

 

 Dumas, théâtres

Coups de coeur et commentaires

 25.03.2009

Une robe de silence

 

une photo de Pascal Chantier avec Valérie Gabriel et Fabrice Moussy

 

C’était un couple de taiseux. Irène (Valérie Gabriel) ne parlait jamais du suicide de ses parents. Paul (Fabrice Moussy) pour obéir à sa mère, Olga (Anna Strelva), avait enterré la boîte à souvenirs de son père sous les rosiers. Mais un jour, les secrets sont trop lourds. A force de tarauder les mémoires, elles brisent les âmes. Irène n’a plus goût à la vie, et malgré les conseils de son amie psychanalyste, Édith (Léa Wiazemsky), plus rien ne l’intéresse, même pas sa fille, Agnès (Andréa Brusque), adolescente joyeuse et aimante.

C’était un couple sans histoires, qui s’aimait… Puis un jour, Paul achète une petite robe blanche, pour une petite fille de six ans. Impulsivement, sans motif apparent. En dissimulant l’achat à Irène et se murant, comme elle, dans un « infranchissable et obstiné silence ».

Dans L’Intervention de Victor Hugo, une petite robe blanche d’enfant sauvait Marcinelle et Edmond, le couple qui se déchirait. Ici, faute d’explications, la machine à tragédie se déclenche et tout finit très mal… La robe de silence est mortifère.

Frédéric Andrau met en scène l’intime avec logique. Il a construit l’espace scénique du couple en plan incliné dont la surface grise est élastique (scénographie : Goury). Le fond de scène est noir et fonctionne comme un promenoir, un « ailleurs » qui contrôle l’espace central. Les lumières d’Ivan Mathis cernent les personnages. Les comédiens évoluent avec souplesse entre passé et présent, fantasme et réalité. Ils ne trichent pas, le décor se plie à leurs confidences, ou à leurs cachotteries.

C’est un très beau travail.

 

une photo de Pascal Chantier avec Anna Strelva, Valérie Gabriel et Fabrice Moussy

 

 

La Petite Robe de Paul

« Une vrai réflexion sur soi au théâtre »

Publié le 07/03/2009 par Gregory

Paul n’a jamais rien caché à sa femme. Un jour, il est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche exposée dans la vitrine d’un magasin. L’irruption de ce vêtement d’enfant dans l’univers feutré d’un couple sans histoire va soudain produire des effets dévastateurs et réveiller de vieux démons.
De quels secrets la petite robe blanche est-elle venue raviver la blessure ?

La psychologie, la littérature et maintenant le théâtre, on peut se laisser dire que Phillipe Grimbert a plusieurs cordes à son arc. J’espère au moins qu’en psychologie, il a des failles -mais j’en doute- sinon, il ne nous reste pas grand choses à nous autres. En tout cas, dans les domaines dans lesquels je le  »connais », il se déplace avec une certaine aisance. Moi qui n’arrive pas à faire deux choses à la fois. On me dit d’ailleurs sans arrêt : 
 »Réfléchis un peu quand tu parles ». Enfin,….

La petite robe de Paul, est un livre sous lequel je suis tombé sous le charme il y a quelques années. Un livre ancré dans la réalité, avec ses douleurs quotidiennes et sa réflexion sur soi, mais avec une magnifique et légère poésie. Ma crainte était donc de ne pas retrouver cette poésie. Mais une curiosité sur la façon de mettre en scène les nombreuses réflexions des personnages m’a quand même décidé à me rendre à cette adaptation avec un certain entrain.

Doutes très vite effacés par le fait que Phillipe Grimbert soit l’adaptateur de son propre roman mais également par la mise en scène de Frédéric Andrau qui s’est avérée très juste.

 

une photo de Pascal Chantier avec Fabrice Moussy

 

 

En effet, par le biais de la mise en scène, l’espace et le temps n’ont plus vraiment cours. Laissant aux protagonistes de la pièce une pleine liberté lors de leurs réflexions passées et présentes. Celles là mêmes qui nous emmènent au sein de leurs peurs, leurs doutes et vers des souvenirs de douleurs conscients et inconscients.

Ils nous livrent ainsi leurs plus profonds secrets, qu’ils ne peuvent s’avouer l’un à l’autre. Et nous confrontent alors à leur silence partagé, cause de leur malheur et de leur destinée. Mortel destin partagé de génération en génération.

Mais l’histoire de ses personnages n’est pas bien différente de la notre. Elle nous met face à nos propres sentiments et nos propres peines que nous nous efforçons de dissimuler chaque jours à ceux qui de nous sont les plus proches. Peut-être de peur de décevoir, de ne pas être compris, ou même de devenir transparent. Tous ces doutes qui nous poussent à nous blottir derrière ce fameux quotidien. Quotidien qui, comme pour notre héroïne, n’est devenu supportable que sous ordonnance. Cette pièce nous prouve bien que nos douleurs passées, et soi disant oubliées, construisent notre présent. Et, finalement, les utiliser et les partager est peut être mieux que de les enfouir car elles finissent toujours par nous rattraper.

Les comédiens sont comme cette pièce : réalistes et sensibles. L’émotion est réelle et ce grâce à leur jeu et leur belle performance physique. Tout au long de la pièce, leurs corps éloignés mais en permanence si proches sont à l’image de leur esprits. Et prennent, une fois réunis, une vraie uniformité et une telle beauté que dans la salle tout ne devient que silence. On ne veut séparer ses corps qui, on le sait, vont bientôt rejoindre leurs pensées déjà lointaines.
Beaucoup d’émotions et de réflexions, du bon théâtre.

 une photo de Pascal Chantier avec Valérie Gabriel et Fabrice Moussy

 

Les personnages réussiront-ils à briser ce schéma destructeur qui perdure ou le reproduiront-ils ? Et nous, réussirons nous à nous libérer de nos propres silences ? En ce qui vous concerne, à vous de voir.
En tous cas, pour nos personnages, la réponse est à la Maison des Métallos dans le XI ème.
Allez- y, conseil d’ami. 

Gregory pour Paristribu Mars 2009

 

Fip

Une rencontre à paris, belle et double; celle d’une œuvre et d’un lecteur éclairé. Puis celle d’un auteur, et d’un metteur en scène de talent. Fréderic Andrau met en scène l’adaptation de  » La Petite Robe de Paul  » de Philippe Grimbert, nous plongeant dans le marais des maux, des illusions et des secrets de famille. On y navigue au plus profond de l’intime et aux confins de l’inconscient, oscillant toujours entre fantasme et réalité; un spectacle troublant, remarquable et élégant, qui chatouille notre imagination et gratouille notre mémoire avec exigence, et on en redemande.    » La petite robe de Paul  » avec Fabrice Moussy, Valérie Gabriel, Andréa Brusque, Anna Strelva et Léa Wiazemsky, mise en scène Frederic Andrau, encore à l’affiche, ce soir à 20h30 et demain à 16h30 à la Maison des Métallos dans le 11ème à Paris.

par Stéphanie Daniel

 

une photo de Pascal Chantier avec Fabrice Moussy,Anna Strelva, Andréa Brusque, Léa Wiazemsky, Valérie Gabriel

 

KOURAN d’ART

 le 24 mars 2009

La petite robe de Paul D’après le roman de Philippe Grimbert
Adaptation de l’auteur et de Frédéric Andrau     Mise en scène de Frédéric Andrau

Avec Fabrice Moussy, Valérie Gabriel, Andréa Brusque, Anna Strelva, Léa Wiazemsky

Secret de famille et secrets intimes

Paul ne saurait dire pourquoi, il fut attiré comme par un aimant par la fameuse petite robe qui allait devenir l’objet prétexte à tous les non-dits, les secrets enfouis, les amertumes avalées de travers. Philippe Grimbert est psychanalyste, son roman La petite robe de Paul  retrace le cheminement intérieur de Paul et Irène entre confidences non avouées, travail sur la mémoire et pensées des personnages.

Elle était là, toute droite dans la vitrine et Paul ressentit le besoin irrépressible de la posséder. Ce ne fut que lorsque la vendeuse l’allongea dans sa boîte en carton qu’il se demanda ce qu’il allait faire de cette robe de petite fille. Agnès, sa fille, est grande. Il est rentré chez lui et n’a rien dit à Irène, sa femme. Que dire d’ailleurs. Irène a trouvé la robe et n’a rien dit à son mari. Pourquoi une robe de petite fille cachée. Paul aurait-il une autre vie ?

Il n’est pas toujours aisé de faire passer le roman à la scène. Certain roman reste réfractaire au changement. Le passage de la page à la scène peut être préjudiciable. Ici il y a deux rencontres :  celle d’une œuvre et d’un lecteur éclairé, Fréderic Andrau, puis celle d’un auteur, Philippe Grimbert et d’un metteur en scène. Ensemble ils ont fait une adaptation qui permet le passage entre la lecture et la représentation.

Lorsque le spectateur entre dans la salle, il voit sur scène un couple allongé comme en apesanteur. Ils reposent sur une matière qui a l’aspect du brouillard ou de ces limbes qui meublent nos songes. Les personnages en marchant font apparaître des formes, des meubles, l’escalier prend ses contours que parce qu’on l’emprunte. Il en va de même dans certain film d’animation fait avec des murs d’épingle qui ne prennent forme qu’au contact d’une manipulation. Le procédé scénique choisit par le talentueux Fréderic Andrau permet cette distance entre les actes et les pensées des personnages. Ainsi Paul s’adresse au public lors d’un repas de famille qui éveille chez le public un bon morceau de vécu, Paul nous parle et la famille se fige. Il nous livre ses confidences en un moment de fugace éternité. Tout se joue entre le public, interlocuteur privilégié et Paul. Sommes-nous dans le rêve, dans l’imagination, dans la mémoire, dans le présent, le passé ou le futur ? Abolition du temps et de l’espace pour être dans l’univers intime de Paul.

Une belle (et astucieuse) scénographie n’est rien sans des comédiens qui la peuplent et ici la direction d’acteurs de Fréderic Andrau est sans faille. Tous les comédiens semblent si parfaitement être leur personnages que l’on ne peut imaginer quelqu’un d’autre. Ce remarquable spectacle n’est que pour quelques jours à l’affiche, il faut vous précipiter toutes affaires cessantes voir cette oeuvre d’une rare beauté qui donne à voir et à réfléchir sur l’âme humaine et si l’on est lucide, sur nous.

Marie- Laure Atinault

  

 

une photo de Pascal Chantier avec Fabrice Moussy et Andréa Brusque

 

 

 

 

 

 

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