Internet - Télévision

Jack Seeks communique avec le passé, dans K-Paradox

Bientôt en Ligne…

Entretien avec Jeff Balek, 

 

créateur de Yumington 

 28-08-2014 

Jeff BalekMythologica : Bonjour Jeff, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à ces quelques questions. Pourrais-tu tout d’abord te présenter, pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Jeff Balek : Je suis l’auteur des romans Waldgänger, et de la série Le Rêve Oméga qui prennent place dans une ville nommée Yumington. Ces romans sont édités par Bragelonne. J’ai également écrit Les enquêtes d’Ockham Stryker qui se déroulent dans cette ville durant sa période victorienne, ainsi qu’une twitter fiction : All Sinners qui se passe en 2012. Cette dernière fiction était collaborative et a réuni plus de 54 auteurs / acteurs. Yumington est également le lieu d’une web série (Jack Seeks) actuellement en cours de production.
J’ai également écrit Macadam Gonzo et Lisa qui sont deux romans qui, eux ne se déroulent pas dans ma ville préférée, ainsi qu’un recueil de nouvelles « Histoires Noires ». Ces textes sont en cours de réédition.
Enfin, je suis le papa du Plup, un personnage social parfaitement idiot qui a fait l’objet d’une BD et que l’on retrouve régulièrement sur Facebook et Twitter.

M. : Pourrais-tu nous expliquer la genèse de Yumington ? Comment ce projet, finalement un peu fou, t’es venu ?

J. B. : A chaque fois que j’écrivais une nouvelle ou un roman, j’éprouvais toujours des doutes quant à sa localisation. J’avais beau choisir une ville ou une autre, que cela soit Paris, NYC ou Bombay, toutes manquaient à mon sens d’universalité. J’ai donc tenté d’imaginer une ville où je pourrais projeter n’importe laquelle de mes histoires ou n’importe lequel de mes héros. Yumington a pris naissance dans le roman Waldgänger et depuis, je me sens véritablement bien dans cette ville qui est devenu peu à peu un gameplay non seulement pour mes personnages mais aussi pour les internautes à qui je propose régulièrement des scénarios sur lesquels ils peuvent rebondir et écrire leurs propres histoires. Peut-être est-ce un des effets de la mondialisation que cette envie de donner naissance à une ville universelle 

Waldganger

M. : Commençons à entrer dans le vif du sujet avec Waldgänger. Comment t’es venue l’idée de ce roman, de cet homme soumis à son destin mais qui tente d’en sortir par tous les moyens ?

J. B. : C’est un peu l’histoire de tous les êtres humains. Nous sommes tous plus ou moins soumis à un destin social.

C’est tout à fait cela. Nous sommes tous soumis à une forme de prédestination sociale. Et nous l’avons toujours été. Le fils de boulanger devenait boulanger, le fils d’aristocrate devenait aristocrate etc. C’était ainsi et la grande majorité des personnes se pliait à cette forme de fatalité. Mais le jeu est devenu bien plus pervers car l’environnement s’est brouillé par la montée en puissance phénoménale du marketing et du mensonge. Nous sommes entrés dans une société ultra publicitaire. C’est vrai du point de vue marchand, mais aussi du point de vue social et politique. Quand j’allume la télévision, j’ai parfois la sensation de découvrir un environnement parfaite corrompu, le but étant de vendre plus, de gagner en audience ou de gagner des pourcentages de popularités. Le véritable sens des choses a été perdu à grand frais de sophismes.
Le Waldgänger est plongé dans cet environnement. Il est né dans cet environnement. Mais, si au fond de lui-même, une petite lumière lui dit que tout cela est nauséabond, il entre dans le jeu, à son niveau, en prenant pour excuse qu’il n’a pas le choix. Une fille et une femme à nourrir, l’espoir de gouter à nouveau à l’adrénaline du métier qu’il ne peut plus exercer… Comme nous tous. Notre métier nous ennuie mais il fait bien manger, les crédits nous rongent mais il faut bien acheter une maison pour sa future retraite, notre couple bat de l’aile mais on reste pour le soi-disant bien des gosses. Et on se réveille un jour en se disant que tout est passé trop vite et que l’on n’est plus vraiment soi-même.
Le Waldgänger lui va avoir la chance (c’est une façon de parler), de tout perdre et d’être en position de se demander ce qui lui reste. Il va être contraint de se « positionner » dans cet environnement social et politique perverti. Il va subir, comme dans tout process alchimique, l’étape de la calcination, puis celle de la découverte des opposés puis, pour finir celle de l’unification des contraires. Il va être détruit socialement et physiquement, il va être confronté au bien et au mal, il va devoir, ou plutôt vouloir unir des sentiments à priori contradictoires pour devenir le Waldgänger à part entière.

Le Waldgänger aborde en fait deux de mes obsessions : la notion de liberté dans le monde actuel d’une part et la nature véritable de l’être humain quand celui-ci s’est dépouillé de ses mensonges et de ses illusions d’autre part.

M. : Ton héros est finalement un peu une sorte de super-héros qui ne veut pas l’être. Était-ce volontaire de ta part de le construire de la sorte ?

J. B. : Oui. Je n’aime pas les personnages trop contrastés, tout en bien ou tout en mal. Nul n’est réellement comme ça. Mon intention était, quand j’ai écrit le Waldgänger, de donner naissance à un homme presque comme tout le monde. A savoir doué de forces et de faiblesses. A l’origine, Jeff Blake (le nom véritable du héros) n’est pas spécialement sympathique. Je crois d’ailleurs que si on le croisait dans la vraie vie, il serait plutôt quelqu’un d’antipathique.

M. : Passons à ma saga préférée parmi les deux que tu nous as pour l’instant proposé : Le Rêve Oméga. Cette vision de Yumington dans un futur finalement pas si lointain mais rempli de technologies futuristes est assez étonnante. Concevais-tu cette évolution de ta ville comme logique d’un point de vue scénaristique global ? D’autres époques sont-elles envisagées ?

J. B. : Oui, j’ai sur le papier de nombreuses autres époques. J’ai hâte de les écrire. Quand j’entre dans Yumington, je suis comme un gosse qui entre dans un magasin de jouets et qui a envie de jouer tant avec les vaisseaux spatiaux, qu’avec les bateaux de pirates, qu’avec les chevaliers.

Yumington en 2075 est la prolongation de Yumington 2025.
D’ailleurs, si j’avais du situer le Rêve Omega dans notre propre monde, je l’aurais situé bien plus tôt en matière de chronologie. Mais les événements qui ont eu lieu dans la ville de Yumington entre 2025 et 2075 ont ralenti l’évolution technologique.

Avec le Rêve Oméga je m’attaque à une autre de mes obsessions, celle de la réalité. Qu’est-ce que la réalité ? Cette notion est très relative. Il suffit de prendre le très classique exemple : demander à plusieurs personnes de décrire un arbre. L’une vous décrira un if, l’autre un platane, une troisième un baobab. Dans notre société qui devient de plus en plus conceptuelle et virtuelle, la question se pose de manière impérieuse. Parce que si la représentation de l’arbre n’est pas fondamentale, celle de la liberté par exemple devient essentielle. D’autant, tu vas dire que j’insiste, que nous sommes dans un monde qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

M. : Le véritable intérêt que j’ai trouvé, en tant que lecteur, à la série du Rêve Oméga est cette alchimie autour du personnage combiné à un univers développé de manière assez unique. Cette série ne ressemble en rien àWaldgänger, à mon sens. Comment as-tu travaillé ? Et comment as-tu conçu tes petits intermèdes « publicitaires », qui créent par ailleurs une excellente immersion dans l’univers ?

J. B. : Garibor Coont est encore une fois un individu presque ordinaire, avec le talent particulier de lire avec facilité dans les mémoires. Il est un pur produit de son époque et sait parfaitement naviguer dans celle-ci comme nous le faisons nous même dans notre époque. Peu à peu il va découvrir que, l’individu très moyen qu’il est, non seulement attire l’intérêt de plusieurs personnages mais aussi qu’il n’est peut-être pas celui qu’il pense être. Il va découvrir que la réalité qu’il a toujours considérée pour acquise, ne correspond pas nécessairement à la vérité. Bien entendu, toute cette confusion est renforcée par l’intermédiation de la technologie. Imaginez un peu que votre smartphone se mette à vous mentir. Imaginez que les systèmes d’informations soient tous corrompus ? Que la réalité que l’on vous transmet via les réseaux d’informations soit fausse  et que rien ne vous permette de prouver le contraire ? C’est cette vérité que va découvrir peu à peu Coont, mais de manière bien plus terrible encore. D’ailleurs Garibor Coont existe-t-il réellement ?

Le rythme du Rêve est différent de celui de Waldgänger. Tout d’abord parce que chaque épisode présente une enquête (à part Enquête à #Tijuana qui va se déployer sur 3 épisodes). Ensuite parce que le personnage est lui-même différent du Waldgänger. Son rythme de vie est différent. Cela impacte nécessairement le rythme du récit.

Comme dans tous les romans de Yumington, je développe des éléments additionnels de réalité au récit. Les pages publicitaires en sont des exemples. Je crois que la publicité est un très bon vecteur pour décrire une époque. Et puis il faut le reconnaitre, en tant qu’ancien publicitaire, cela m’amuse beaucoup.

M. : Seras-tu présent sur quelques salons cette année à la rencontre de tes lecteurs ? Si oui, lesquels ?

J. B. : C’est en cours de planification.

M. : Merci Jeff d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions et à bientôt au cœur de Yumington !

J. B. : Avec grand plaisir ! Merci à toi !

Entretien réalisé par Thomas Riquet

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